La maison italienne a présenté hier le premier défilé de Demna en tant que directeur artistique. Si certaines silhouettes rappellent son travail chez Balenciaga, la collection affirme déjà une identité propre, en érigeant la banane monogrammée en pièce manifeste.
La banane, de la rue au podium
Le premier show de Demna Gvasalia pour Gucci était particulièrement attendu. Le créateur, qui a dirigé Balenciaga pendant près d’une décennie, a présenté hier, pendant la Fashion week de Milan, sa toute première collection de prêt-à-porter pour la maison italienne.
Parmi les éléments forts du défilé, un accessoire a particulièrement retenu l’attention : la banane Gucci monogrammée, reconnaissable à son motif « GG » entrelacé et à sa palette de marron signature.
Sur le podium, elle s’impose comme l’un des marqueurs visuels de la collection. Portées en bandoulière, plaquées contre le torse, sur des silhouettes aussi bien streetwear que rock ou tailleur strict, elles structurent les looks et captent immédiatement le regard. La maison semble ainsi ériger la banane en pièce manifeste. Pour lui insuffler une dimension plus luxueuse, la sacoche est également déclinée en cuir de serpent noir.










Accessoire fortement associé à l’univers de la marque et largement visible dans les cultures urbaines comme dans la scène rap, elle occupe une place singulière dans l’imaginaire collectif. Objet de désir, symbole d’ascension sociale pour certains, pièce copiée et réinterprétée à grande échelle pour d’autres, elle traverse les milieux et les générations.
Le choix exclusif de la bandoulière n’est pas anodin : il inscrit la pièce dans une attitude plus urbaine, plus contemporaine. En l’intégrant aux silhouettes, Demna en fait clairement un élément stylistique à part entière.
Entre héritage sulfureux et luxe sous tension
Impossible de ne pas percevoir, dans cette première proposition, l’ombre de Balenciaga. Les silhouettes sont majoritairement sombres, dominées par le noir, le cuir et des matières denses. Mais là où l’on s’attendait à l’oversize radical qui a fait sa signature, le créateur surprend.
Les coupes sont près du corps : tops moulants, pantalons skinny, jupes courtes, tailles très basses. Une sensualité qui évoque le Gucci des années 90, période où la maison cultivait déjà un glamour provocant et minimaliste. Le message est clair : Demna ne reproduit pas, il adapte. Il injecte son esthétique sombre dans une silhouette plus affûtée, plus charnelle.
Le final du défilé a cristallisé cette tension entre nostalgie et modernité. Kate Moss apparaît dans une robe au décolleté dorsal vertigineux, laissant subtilement entrevoir un string logotypé « GG ». Une image calibrée pour les réseaux, instantanément virale, qui synthétise l’esprit du show : sexy et assumé.
Mais cette première sortie n’a pas échappé à la controverse. L’utilisation de peaux de serpent et de crocodile a immédiatement suscité l’indignation de nombreuses personnes et d’associations de défense des droits des animaux.
Dans une industrie où de plus en plus de marques optent pour des alternatives synthétiques ou des cuirs végétaux, cette décision pourrait ternir un peu plus l’image d’une maison observée à la loupe. Reste à savoir si la polémique freinera l’élan de cette nouvelle ère ou si, au contraire, elle participera à installer Demna dans son rôle favori : celui du créateur qui dérange.
Une chose est sûre : pour son premier défilé chez Gucci, Demna n’a pas cherché la discrétion. Entre héritage, culture urbaine et provocation, il pose les bases d’un chapitre qui promet déjà de faire parler. – N.C.




