Entretien avec SLip, l’artiste qui revisite les légendes de la NBA

Et si les légendes de la NBA étaient devenues les saints d’une religion contemporaine ? C’est l’univers imaginé par l’artiste lyonnais SLip avec Double Double – Quand la NBA rencontre l’art sacré, une série d’œuvres qui détourne les grands tableaux de la peinture classique pour raconter les mythes du basket américain. Présentée jusqu’au mois de juillet au Centre d’Art Contemporain La Conciergerie, près de Chambéry, l’exposition poursuit désormais son parcours en recherchant de nouveaux lieux d’accueil.

« Je prends des images sur plein de sujets différents et je les détourne pour raconter mes propres histoires, qu’il s’agisse d’histoires personnelles ou de faits d’actualité, notamment autour de moments sportifs », explique SLip. Collagiste numérique depuis près de vingt-cinq ans, l’artiste originaire de Lyon s’est fait connaître grâce à ses collaborations avec des marques et des magazines, ainsi qu’à ses expositions personnelles. Son travail mêle culture populaire, actualité et sport pour créer des images singulières.

Et parmi ses sports de prédilection : le basketball. Une passion née au début des années 1990, lorsque la NBA s’impose en France à travers les magazines et les récits qui alimentent l’imaginaire des jeunes supporters.

« À l’époque, on n’était pas encore sous un flux permanent d’informations. On recevait les magazines, on se les passait, on se racontait les histoires qu’on y avait lues. C’est comme ça qu’on se forgeait des mythes autour des plus grands joueurs, comme Michael Jordan » , raconte SLip.

Cette fascination a donné naissance, il y a quelques années, à l’exposition Double Double, dont le titre emprunte un terme bien connu du basket. Mais pas seulement. « Le terme “Double Double” me plaisait aussi parce que je détourne des tableaux pour leur faire raconter autre chose. Il y a donc deux visions possibles de mon travail », souligne l’artiste. La série a déjà été présentée à quatre reprises, et compte aujourd’hui plus de 70 œuvres, dont une vingtaine étaient récemment exposées à La Conciergerie de la Motte-Servolex, près de Chambéry.

Le principe de l’exposition est simple : chaque tableau part d’une œuvre classique, dont SLip détourne les codes pour raconter une figure ou un moment marquant de l’histoire de la NBA. Inspirées de l’iconographie religieuse, ces compositions font ressurgir les légendes qui ont nourri la passion de l’artiste pour le basket. « Derrière chaque tableau, il y a une histoire, un mythe que j’ai retenu quand j’étais plus jeune », résume-t-il.

Et parmi toutes ses œuvres, l’une occupe une place particulière. Elle détourne un tableau représentant Jésus, perdu dans le désert, vêtu du maillot des New York Knicks des années 1990. Un choix qui raconte à la fois l’histoire du personnage religieux et celle d’un joueur qui a longtemps couru après un titre NBA sans jamais l’obtenir. Baptisée « Le roi sans couronne », l’œuvre a récemment pris une résonance particulière avec le sacre récent des Knicks, qui ont enfin remporté un titre après 53 ans d’attente.

Lors de sa dernière exposition à La Motte-Servolex, SLip a également poussé son concept plus loin grâce à une scénographie immersive. Vitraux revisités, tableau lumineux évoquant le cœur d’une église et vidéos dévoilant les références cachées de chaque œuvre, accompagnaient les visiteurs tout au long du parcours. Lors du vernissage, un « prêche » autour du basket est même venu prolonger ce dialogue entre art sacré et culture sportive. « Je n’avais jamais trouvé un lieu qui permette de jouer autant avec les codes religieux », confie l’artiste lyonnais. Une mise en scène qui a séduit le public, conquis par le passage de ses collages au grand format et par le soin apporté aux détails.

Mais l’aventure de Double Double ne s’arrête pas là. Avec autant d’œuvres aussi impressionnantes les unes que les autres, SLip voit désormais les choses en grand. Il souhaite installer son exposition dans des villes plus grandes, notamment à Lyon ou à Paris, sans s’interdire d’autres destinations. Plus que le lieu lui-même, c’est la possibilité de recréer une scénographie forte qui guide ses recherches.

« Ce qui compte, c’est que le public comprenne l’idée que je veux raconter. Un lieu religieux s’y prête particulièrement, mais ce n’est pas une obligation. Il faut surtout trouver un espace qui permette à l’idée de fonctionner et d’être comprise par les visiteurs », explique-t-il.

En attendant de découvrir Double Double dans d’autres villes, un site internet consacré à l’exposition est déjà en ligne. On y retrouve les œuvres de la collection, classées par grandes périodes de l’histoire de la NBA, mais aussi des audioguides dans lesquels SLip raconte les histoires et les inspirations qui se cachent derrière chaque tableau. Pour suivre les nouvelles créations et les prochains projets de l’artiste, rendez-vous sur son profil Instagram. Une manière de prolonger l’expérience au-delà de l’exposition. – N.B.

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